mardi 5 avril 2011

Tanah Rata

 Plus au Nord, nous gagnons la hauteur et fraicheur des montagnes
Tanah Rata est perchée 1520 mètres au dessus du niveau de la mer, sur la seule chaine montagneuse du pays, Cameron Highlands.

C'est un printemps permanent, où les Celsius fleurtent davantage 20 que 30.
C'est la jungle sauvage, où survivent encore quelques tribus.
C'est la campagne ici et là, où vergers et plantations abondent dans une luxuriance domestiquée.
C'est la tentation touristique parfois, les resorts avec golf et piscine envahiront bientôt autant que les bananiers.
Nous élirons domicile dans une petite pension sans âme, à l'écart de la rue principale où les restaurants et agences rabattent le client.
D'abord refusant d'être laissées portées avec le flux des autres, nous partirons explorer la jungle environnante, un chemin taillé à la machette par d'autres, glissant et boueux souvent. Nous passerons les chutes de Robinson, sans même y tremper un doigt de pied, continuant notre chemin étroit dans ce dédale, avec l'angoisse parfois que ne s'agrippe à mes cheveux une espèce rare et vénéneuse d'araignée. Point de morsure envenimée et point d'élixir, juste l'appréhension (la tentation phobique?) à dompter par moment.

Échappées de cet environnement vivant foisonnant bruyant, jusqu'au bout accrochées aux caprices de notre fil d'Ariane que la végétation grignotait sévèrement, nous continuerons dans la campagne, croisant des fermes, cresson dans sa mare d'eau vive, ruches et miel, divers légumes et fruits dont certains nous interrogent encore. Puis, au détour d'un virage, entamant la douce ascension du retour, découvrir une plantation de thé. Nuances de verts. Jeunes pousses ou vieilles tiges. Doux au regard et au palais, finalement attablées sur la terrasse surplombant creux et pleins des plantations.
Enivrées peut-être de cette ordonnée beauté, nous achèverons la sinueuse route, le sourire aux lèvres, et les locaux presque systématiquement salueront les curieuses oisives.


La nuit tombée, devant une feuille de bananier et un festin façon Inde du Sud dévoré, le ventre renflé, nous ronronnons notre fatigue tandis qu'un orage bercerait plus tard notre sommeil.
Le matin suivant, le ciel nous accueille encore chargé des caprices de la veille. Un blanc laiteux.
Il est tôt, la découverte organisée. Quelques curiosités ne s'approchent qu'avec guide.
Un van, un petit groupe: une famille indienne pliée aux caprices de ses deux petites reines, un couple d'allemands austères.
Le Mont Brinchbang. 6666 feet, le chiffre est plus magnétique en utilisant les pieds chers aux anglais. Retenir l'ascension puisque le sommet n'offrira qu'un brouillard épais à contempler.
Retenir le flanc de la montagne sinon sa pointe. Une autre plantation de thé. Plus vieille, plus grande, plus isolée, plus belle encore peut-être. La village des cueilleurs niché dans cette immensité. Reprendre un thé en terrasse et boire la vue panoramique, comme si hier était répétition.
Nous nous prendrons à rêver de prendre racine là, comme ces arbres que l'on taille pour qu'ils donnent plus et mieux.

Il y aura aussi – je suis dans le désordre – la rainforest. Une forêt que l'on jurerait mystique, enchantée ou maudite. Nous pénétrerons ces lisières, foulant son sol spongieux, caressant ses troncs. Rapide leçon de survie en milieu dit hostile ; comment le vénéneux se mue en comestible, comment la fleur carnivore se laisse boire. Savoir des Orang Asli, que nous nous refuserons à visiter ; la rencontre avec l'indigène ne se prévoit pas à heure fixe, avec arrivée en 4x4 et 20 minutes de sociabilisation chrono. La rencontre ne s'organise pas, cela devient démonstration folklorique qui dénature dénature dénature trois fois et le préfixe est de trop. 
Soit, nous terminerons sur une exploration en cage de la faune qui fort heureusement s'était cachée à nos yeux ébahis : scarabées rhinocéros, geckos dragons, serpents dansants, mantes religieuses – la bonne fille qui dévore son partenaire -, papillons drapés de leurs folles couleurs, inopinément mourant.
D'aucuns pourraient objecter que je perds ma logique. La cage dénature. Oui.

Sur nos pieds et dos fatigués s'affairent les doigts experts de masseuses chinoises. Alors que nous soupirons, le ciel pleure de nouveau.

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