Un train. Un peu trop clean. Pas de vendeurs ambulants, pas de bordel, places numérotées, wagons sur-climatisés. Dégât collatéral du développement sans doute. La vie se fige dans l'ordre imposé.
Du paysage, cette répétition : la jungle, une désormais poignée de villages orang asli perdus dedans, et les saignées trop fréquentes des palmeraies : propres, linéaires, donc monotones, matant la diversité à peine entrevue d'une forêt primaire. Dégât collatéral du développement sans doute. La vie se fige dans l'ordre imposé.
Nous quittons la mal aimée Ipoh, sa gare néo-classique, circonvolutions stucs et blanc chantilly pour rejoindre Penang Island.
Classée, Georgetown est magnifiquement délabrée. Chargée. Surannée et superbe. Ancien comptoir, célébrant tolérance et mixité, Chinatown et Little India restent pourtant distincts et ajoutent leurs couleurs sur les restes coloniaux. Saris pourpres, sarongs, épices, musiques bollywood, mourtabak d'un coté. Inextricable fouillis des boutiques chinoises, odeur fumée des poissons séchés de l'autre. Ici, plus qu'ailleurs, on cuisine sur les trottoirs.
Déambuler la ville, lebuh chulia et ses artères. Retrouver des ricksaws. Contempler un arbre à deux faces : l'une tend ses branches au culte bouddhiste, l'autre offre ses ramifications aux hindouistes. Étranges décorations asymétriques, deux hôtels distincts, deux cultures pour un même tronc. Par contre, tout le monde indistinctement pisse derrière, notera pour nous Thierry, que nous avions furtivement croisé, armé de ses yeux bleus perçants et de son fauteuil roulant. Par contre, tout le monde piétine ses racines saillantes.
Plus loin, plus tard, l'appel du muezzin tel un moment de grâce : le chant est beau, poétique. Il est de ses appels dont je ne me lasserait pas, parce qu'ils n'attendent aucune réponse.
Plus loin, plus tard, les cloches sonnent, semblant bêtement marquer le temps, elles sonnent paisiblement les heures de farniente écoulées.
Et j'oublie tant.
Un japonais solitaire et son chapeau vissé, juste entre-aperçu par l'entre-bâillement d'une porte d'hostel, entre deux hésitations. Beaucoup d'entres, je sais, nos antres sont provisoires et nos directions incertaines ; nous vivons de passages. Le suivre discrètement, le recroiser plus tard, lever des yeux timides et bafouiller un sorry/thank you quasi inaudible quand il prendra la peine de me dégager la voie. Je perds ma voix et l'occasion. Et cette connasse d'anglaise qu'il le harcelait de questions. Et comment tu t'appelles? Et où tu vas? Et tu es libre pendant qu'on y est? Je suis timide je vous le dit, les pétasses décomplexées m'emmerdent quand j'ai la primeur trop discrète.
Des bus nous mèneront d'un point à un autre. Parfois portées par la chance, parfois non. Penang Hill nous refusera un funiculaire, fermé pour rénovation, et avec son jardin, sa cascade, sa vue sur la ville. Nous saluerons alors au loin la déesse Miséricorde, du haut de ses 36 mètres. Le gigantisme ne soigne pas tout.
Accepter les temps creux, les choix hasardeux, les heures chaudes, l'ordinaire.
Le lendemain, nous pointons sud, et rejoignons un village de pêcheurs. Le campement bien qu'isolé, est par trop grignoté par une ville nouvelle et affreuse. Nous y croiserons 3 marins sans bateau et les regarderons longtemps lancer le filet, apprécier la qualité des prises que nous n'accepteront pas finalement de manger avec eux, bien que nous l'ayons réclamé. Étrange sans l'ensemble du contexte. Mieux.
Puis Teluk Bahang au Nord. Une excursion dans la jungle, une autre, une différente, une jungle de bord de mer, plus accueillante que celle des Highlands, une rareté au bout du chemin, un lac méromictique, ses deux couches d'eaux douce et salée absolument distinctes. La plage en face. S'arrêter. Bruler. Gouter trop rapidement l'eau de peur que les crocos ne débarquent. On apprendra plus tard que la jolie et timide masse verte et rampante aperçue était un cousin du dragon komodo, relativement inoffensif.
Salut les silencieux.
RépondreSupprimerJ'adresse mes remerciements et ma reconnaissance aux 2 courageux qui ont posté des commentaires.
Ohoto, tu es digne de croquer un bout de paradis fidjien, Djorji, je te jalosait aussi, d'envoyer des 360 sur les cimes enneigées.
Du coup, je me demande si nous sommes lus et regardés, ou si le blog est so boring. Il vous faut des glissements sur le prochain posts?
Les silencieux voyagent aussi :)
RépondreSupprimerJe rentre de Bosnie Herzégovine et n'ai pas perdu trop de temps pour venir lire tes aventures. Non, le blog n'est pas ennuyeux du tout, peut être les photos manquent elles un peu de relief par rapport aux textes ? Ce n'est qu'une question...je suis déjà assez heureuse de pouvoir avoir le son et l'image.
C'est agréable de vous suivre e tne fait que renforcer mon envie de repartir vers l'Asie.
Bon vent !