dimanche 7 août 2011

Ups and downs


Un bus, puis deux, puis trois. Cela glissait et s'enchaînait parfaitement ; j'étais d'humeur un peu triste pourtant. C'est au début d'une après-midi chaude que j'arrivais au pays Dong des ponts du vent et de la pluie. Accompagnée de mon humeur maussade, je découvrais les villages, leurs gamins moqueurs, les inénarrables ponts, la rivière vie et ses bras et ses rigoles. Pas de voitures sur les chemins pavés et étroits, juste des charrettes et moyens rudimentaires de portage – le bâton posé sur l'épaule et l'équilibre savant des poids - . Les vieilles aux champs de riz, dans les plantations de thé, la tête dans les divers légumes m'arrêtaient plus que le reste. Le paysage est bucolique autant que son nom, d'ailleurs je suis venue juste pour ça... le nom.

C'est beau et je marche triste. Les poètes se sont joués celle là aussi. La mélancolie. Il faut se ré-habituer à sa seule compagnie. Ces derniers jours avec Louise et Philippe étaient légers. Nous nous sommes rencontrés à l'aube, devant une guest-house semi-fermée de Guilin. Ils s'échangeaient des passes façon ovalie sur la rue désertée. Cela m'a plu. En attendant l'heure du check-in, nous avons parcouru la ville, les berges, nous avons abordé de loin les pagodes jumelles, et de plus près les baigneurs, nous avons trainé nos pieds fatigués au parc des Sept Etoiles. Dortoir complet, ils m'ont invité à partager une chambre triple. J'ignore, si muni de mon couple (au demeurant inexistant), j'aurai rendu pareil service. Le lendemain, nous cafouillerons ensemble sur nos vélos, ne trouvant jamais, malgré de répétés efforts, la route qui menait au petit village de Jiangtouzhou. Nos bicyclettes antiques nous mèneront dans des zones reculées de la banlieue, puisqu'il fallait remédier aux crevaisons. De petits moments, des sourires, des questions – Louise parle et comprend un peu -. C'est émouvant ces petits rien, ces tabourets offerts, ces babils à peine compris, ces tentatives. Cela ferait oublier l'autoroute et l'énigmatique perpendiculaire. Il est des jours où cela résiste et je prends avec un calme certain ce relatif échec, le bruit, le trafic et la cacophonie.

Ensemble, nous sommes partis vers les terrasses de riz de Longji, sculptées depuis un millénaire par les Yaos, celles que j'avais manqué lors de la première boucle, et qui s'étaient muées en obsession. Et il fallait effectivement les voir, dormir au village, marcher les collines et les « milles échelles du paradis » (encore de la poétique), longer les lignes délicates des rizières et l'orée de la forêt, suivre le cours d'eau et ses cascades, et faire comme les enfants qui se baignent nus, sauter la cascade en poussant des cris, escalader les rochers et recommencer. Nous, nous n'étions pas nus, mais nous avions le même âge, et l'eau était si fraîche et bonne, que même les serpents s'y cachaient. Pour finir, nous arroserons au vin de riz nos plaisirs, nos routes, nos envies.

C'est un désordre, une improvisation. Même ce blog manque à sa chronologie. Je n'ai pas raconté encore la Baie d'Andaman et le morceau de Thaïlande avec Fatiha. Je dirai plus tard ce que j'ai fait avant et ce que ma mémoire garde (aucune note). Je voulais dire avant ce nouveau solo travelling inattendu.

Je devais être un duo. J'avais rejoins Alex, ce chilien installé en Nouvelle Zélande à Hong Kong. Une forme d'aspirant. J'ai retrouvé un enfant capricieux, dont les réactions, commentaires, virevoltes et indécisions me contrariaient en permanence. Deux jours. Et s'en va. Je dirai je, il dira lui. Qu'importe. Avant de reprendre la route seule revoir la « famille » de HK. Pierre et Dom. Clem et Chris. Et s'envoyer un week-end orgiaque. Le pastis. Le Neptune. Le 103 ou le 109 ? Ma mémoire s'est évanouie. Et le dimanche, sans pratiquement dormir, remettre le brunch au Victoria Peak et au Prosecco illimité. En descendant des hauteurs, courir et consoler. Et je coure encore après les détails, quand, lundi matin, au 7/11 du coin un apollon me salue, je m'étonne. Samedi soir me dit-il. Je n'étais pas réveillé tout à fait encore, et pantelante et mal au crâne. Ce bellâtre au teint mat risque fort bien de se perdre à jamais. Clem et Chris il faut me le retrouver!

J'ai perdu ma mélancolie ce soir vers six heures sur les bords de l'eau. Plus tard rencontré une jeune voyageuse accomplie qui était passé par les mêmes doutes. Quand la nuit tombe, cela s'éclaire.

Le lendemain s'offre comme une perle. Une des plus belles ballades en deux roues jusqu'ici. Indigo étalé sur les bords de routes, chevaux et moulins a vents, riz toujours et thé, la rivière à longer d'abord puis une vertigineuse et épuisante ascension jusque Gaoyou. La vue depuis le col sur les montagnes est simplement splendide. Le village suit son rythme hors des chemins touristiques lorsque je débarque en sueur. Je discuterai un temps avec les vieilles, mangeant tranches de pastèques sur tranches de pastèques. Elles m'avaient inviter à siester et à laisser le temps passer. Mais je suis repartie pour une jubilatoire descente. Je ne veux pas prendre le temps, aujourd'hui est le dernier ici. Il me faudra encore grimper l'escalier escarpé rongé par les herbes qui mène jusqu'aux tours tambours, goûter clopes et vue sur les villages lilliputiens. En redescendant, se jeter à l'eau, laissant au loin les enfants qui se lavent et jouent et barbottent, et terminer par un long séchage, en regardant les escargots qui trempent et la vie autour, la pêche miraculeuse et la lessive.

mercredi 6 juillet 2011

Solo travelling

Après Hong Kong en atterrissage facile, international et anglophone, propre et business en somme, Fatiha est repartie en colle amoureuse.Une fois le visa idoine et la nouvelle visa en poche, je suis parée pour l'aventure, avec une pointe d'appréhension tout de même. Je m'apprête à croquer des bouchées de Chine sans l'avoir tout à fait prévu. L'itinéraire est des plus vagues. Tirer vers l'ouest?

D'abord un saut de puce. A moins de 2 heures de train, et moins de 200 kilomètres, Guangzhou sera le quasi premier visage du géant, un monstre urbain de plus de 10 millions d'habitants, une ville champignon. Pourquoi m'infliger cela? Juste parce que j'ai trop lu Corto Maltese. Canton, les beaux marins voyageurs, les fumeries, un port qui sent la sueur et la crasse, les espionnes irrésistibles et peut-être Rasputin caché quelque part. Quel est donc ce besoin de vouloir constater ce que l'on savait déjà de l'absence? Alors, je passerai rapidement sur les dédales de rues derrière les grands boulevards, et les stands à l'emporte-pièce vendant tout et rien à prix bas. Rien de réellement surprenant.

Shamian Island, le quartier colonial, reste un agréable refuge historique. Entrepôts et maisons rénovées, rues pavées et piétonnes, allées bordées d'arbres, de statues et fontaines, plaisante promenade le long du port, cet air de villégiature à l'européenne et, plus incongru, les photographes et mariés de catalogue posant en tous coin avec ventilateur pour le soufflé des cheveux et l'aérien de la traine. Les chinois au temps des comptoirs français puis anglais n'étaient pas autorisés à franchir les ponts de fer qui reliaient l'île au continent. Concession choquante, prenant désormais des allures muséale. Et moi qui aimait beaucoup ce coin en négatif à la ville nouvelle.

Ce sont les gens rencontrés fortuitement ou sollicités qui feront de l'étape l'intérêt et le crescendo. Quittant rapidement l'appartement du 7 étage, bâtiment 15 de la « community » avec parc et piscine de Bastian, j'atterris chez Laurent, plus classe et plus bohème. Avec lui je vivrais les 40 ans d'Abi l'américain avec toute sa promo de mandarin ; une sortie au Nova Club entre oldies hip-hop (ce que j'apprécie) et pop coréenne (ce que j'apprécie moins), une soirée private meregue salsa pachata, 1-2, 1-2-3, 1-2-3-4 avec une internationale couchsurfing dans une bourgeoise demeure avec employée de maison et gardien. Un brassage riche de gens dans un condensé de temps. Un colombien poussant mes aspirations de travail sur d'improbables îles. Un toulousain à la drague insistante, revu le lendemain, Yuexiu Park, entre les bassins aux poissons obèses et la statue des cinq chèvres, tout en ratant Zoé et Cornelius. Des gens soucieux de mon confort, de mon ressenti, de mon intégration. J'écourte.

Malgré l'éclectisme des rencontres, et les aides précieuses, je parcours la Chine sans posséder la langue, et je butte parfois. Leurs façons d'éluder me plaisent moyennement. Les manières me semblent parfois rudes. Mais puisque qu'on m'assure que rien n'est propre à ma personne... Continuons. Pour comprendre ce qui leur donne longue vie, il faut se lever tôt. J'ai vraiment aimé les 3 grands-mères au pied de l'immeuble avec leur tai-shi, leur sabre et leur concentration.

Un bus. Il rigole l'assistant, se moque gentiment, je suis incapable de prononcer Yangshuo correctement. Le quartier touristique de la vieille ville est hyper agité à cette heure avancé de la nuit, bars beuglant des succédanés de musiques, et crachant leurs poivrots, néons clignotants, hôtels, boutiques de souvenirs, agences de tours. Traverser sans prendre part. Un dortoir pour moi seule, une douche et dodo. La nuit me semble de mauvais goût. C'est le reste que je veux voir, le jour, les campagnes, les montagnes, les villages, pas les parades.

Vélo. Suivre la rivière Ly plus ou moins. Goûter l'ambiance des villages, des parties de mah-jong, les cuisines, les écoliers, puis des rizières, d'autres plantations, voir les buffles se baigner. Tenter en somme de se perdre en refusant de rejoindre la grand route. Demander avec carte sans échelles et signes et balbutiements.

Marche. Prendre un bus local et s'envoyer promener. Alors que les touristes chinois empruntent les bamboo raft pour descendre la rivière et serpenter entre les pics de karst, je prends par les terres m'autorisant d'occasionnelles et nécessaires traversées (ce couple qui m'a embarqué) entre Yangdi et Xingping. Les montagnes sont jetées en désordre, elles grandissent, une bizarrerie géologique. Je grandirai peut-être avec.

Escalade. Juste deux guides. Aucun néophyte excepté moi. Un coin de campagne, entre les choux et les pousses de riz. Ils sont charmants. L'assistant, un des rares chinois qui me semblera séduisant. Et quand il grimpe torse nu, un chat... Quant a moi, sans être particulièrement douée, j'aime les hauteurs, la paroi et le mur à franchir. L'effort, le lâcher-prise, la suspension, la vue et la descente araignée (le rappel). Souvent je pense à mieux utiliser mes doigts de pieds sans franchement y parvenir.

Les soirs, je partage des tranches de vies et des bières avec Vincent et Chase et le réseau des profs d'anglais expatriés. Je suis en paix.

Continuer. Un bus pour Guilin, pour un train de nuit jusque Kunming, pour un bus long courrier jusque Lijiang. Près de 30 heures de transport avec Saw en guide et traducteur un temps. Sinon, sourire et dodeliner de la tête quand de vieux curieux et affables me parlent. Au bout de la route, une respiration, de l'air et un vent léger : le Yunnan.
J'arrive de nuit sans avoir rien réservé. Toujours le même travers. Le taxi me lâche à l'entrée de la vieille ville. Rues étroites bordées d'étroits canaux. Charmant et quasi désert. Dans ce véritable labyrinthe, je ne trouve pas la guest house où je pressentais passer la nuit. In fine, je m'offre le confort d'un véritable hôtel, dont les clients sont de l'est et non de l'ouest. Une belle chambre et des chaussons offerts. Là encore une inconnue dame entre deux ages m'a aidé. J'ai aimé le premier contact avec Lijiang. De jour, tout change. Des hordes de touristes débarquent pour admirer ce patrimoine à juste titre classé. Mais il y une règle que tout ou presque voyageur connait. Le 80/20. 80% des glandus sur 20% des sites. La foule me gâche irrémédiablement le plaisir, je prends les tangentes, les rues sans contrefaçon étalées pour le chalant. Puis, je répète les gestes sains de la précédente destination.

Vélo. Jusque Baisha. Lijiang sans l'exploitation, ou alors embryonnaire. Le Yunnan concentre énormément de minorités. Les Naxis sont nombreux ici, l'architecture tout autre. Maisons de bois avec cours intérieure. Et scène de villages, les foins qu'on bat à même la route, des temples déserts à visiter. Mon préféré offrait une table de ping-pong en guise d'offrande à l'entrée et aucun moine à l'horizon. L'ascension jusqu'aux « eaux de Jade », le temple abandonné, pillé sûrement par trop de révolution culturelle. Les locaux pic-niquent aux bords des eaux maintenant, préférant ici maintenant célébrer le ventre plus que le spirituel.

Marche. Tiger Leaping Gorge est un trek à couper le souffle, figuré et littéral. 8 heures d'un pas rapide, pour ne pas être prise par la nuit. Traversée par les voix hautes. L'essoufflement des 28 bends. Recroiser la folle irlandaise, la perdre, je communique peu quand je marche. Mâcher la viande de yak séchée en compagnie des imposantes montagnes. Sereine. Le Tibet est tout proche et les frontières sont fermées. Les gorges sont vertigineuses vue d'une telle hauteur,le chemin escarpé grandiose. Chèvres et chevaux en semi-libertés, vaches et ânes, l'endroit est habité. Minoritées encore. Le soir, toujours dans cette beauté, dîner avec une chinoise épuisée, seule et timide. Les solitaires sont des curiosités par ici. Maylin me donnera ses pansements, des conseils pour rejoindre Shaxi et des traductions bilingues, un trésor donc.

Continuer. Avec la promesse de trouver un endroit épargné par le tourisme de masse. Shaxi. Shugne et Zhuang me prennent en main dès la descente du bus. La demoiselle parle un anglais parfait, et son aspirant amoureux est spontanément généreux. Le resto musulman est un régal. Les fèves. Et la soupe de bœuf à la menthe. Puis le vin de prune et le rare thé Puer avec eux. Ici ce sont les Bais, et leur folklore est objet d'un projet de préservation récent. Shaxi est l'une des dernières survivances de l'époque des caravanes. Dans l'ombre de la route de la soie, sur ses pavés transitaient thés et chevaux. Nous gambaderons les rues le lendemain, passant portes et temples, longeant les berges de la proche rivière, écouteront la musique, caresseront du regard la campagne environnante, la montagne au loin, les fabriques d'ardoises, les faiseurs de chaussures, et le sage chargé de rédiger sur papier rouge les prières que l'on accroche aux murs de la maison quand vient la fête du printemps. Qu'il est bon de les avoir avec moi. Ils m'expliquent, me gâtent.

Je pars avec regret. Continuer. D'autres secrets à percer. Dali. Le premier soir goûter l'humeur sans rien n'attendre. Plus rectangulaire dans ses murs d'enceintes que la ronde et liquide Lijiang, moins de charme. Hordes de touristes chinois occupé à consommer. Alors, vous deveniez.

Vélo. Le lac Erhai. Entre rivages, rizières et bucoliques villages. Nouvelles architectures encore. Chaux blanche et arabesques en bleu de chine. Les enfants me moquent, les vieux me sourient, en général. Longue longue journée de pédale, parce que le bateau n'arrivera jamais. Il faudra renoncer à glisser sur le lac et rouler encore. En sens inverse.

Marche. Annulée pour cause de lourdes pluies. La non ascension de Cang Shan m'a d'abord laissé un goût amer. C'est ainsi! philosophait à juste titre Fabrizzio, qui était pourtant australien. Prendre sa journée alors pour vous écrire, discuter nonchalamment avec d'autres otages des cieux, et regarder le patron jouer au billard sans oser le prendre.

Puis c'est encore un train de nuit. Puis un avion. Hong Kong, une rapide escale et fin de l'épisode bavard en solitaire.





jeudi 23 juin 2011

Hong Kong quartiers

Hong Kong, port et havre

La façon de vivre une ville dépend en grande partie de où et comment l'on dort. Clémentine et Christophe, après nous avoir couché à la vodka le premier soir tout en nous expliquant la ville, s'évaporent pour quelques semaines de vacances en nous laissant l'appart, les clés et la libre disposition. Avec un chez soi temporaire, on se sent plus qu'un simple visiteur, un invité en somme, même si sans marque. Plus flashpackers que backpackers. Et cela nous aimons assez. Sans idée de faire durer plus que de raison, mais avec celle de faire briller plus que de raison. C'est un constat qui nous sépare ici des infatigables voyageurs, ceux qui errent les routes sans relâche. Nous étalons le bordel et oublions les sacs une semaine. Se poser, même si ce serait pour mieux repartir. Une idée du confort, une relative possession que renierait les vrais et durs. Parce que non, je ne me crois pas prête a tout abandonner.

La cité n'étouffe pas comme redouté. Si la chaleur et l'humidité plombent,on y respire et on fait peut. On ne courre plus, le temps ne presse pas. Quand l'envie nous prend de nous répandre autrement qu'en cafés et boutiques, nous échappons à l'hyper-concentration en un presque claquement de doigts. Un bus, une montagne franchie, et voilà le bourgeois Stanley village. Un ferry et ce sont d'autres iles – Lantau, Cheung Chau - beaucoup plus aérées, où l'on regardera les bateaux et les rameurs du Dragon Boat festival, où l'on cherchera refuge au soleil dans l'imbroglio des étroites ruelles et du marché permanent, où l'on regardera le grand Bouddha sans gravir ses marches, biaisant plutôt pour le chemin de la Sagesse. Un métro, et c'est le musée d'Art déserté, le « Commun to Uncommun » de Ha Bik Chuen, et «the ultimate south china travel guide", version 19e siècle, retraçant les joies et dangers du voyage à l'heure des guerre de l'opium.

C'est parce que l'on aurait pris cette ville pour la nôtre, que nous n'irons pas jusqu'au Victoria Peak admirer la vue, ni jusqu'aux Nouveaux Territoires. Non, nous pratiquerons des choses aussi simples et ordinaires que faire la cuisine, regarder le câble et Doctor House, prendre soin de sa peau négligée, râper la corne de ses pieds. Se sentir chez soi, avec l'absence d'obligation et d'imposé, et aimer les petites rues de Sheung Wan, notre quartier. Hong Kong est facile, on ne s'y perd pas, on y parle anglais. C'est encore un comptoir, on y transite en s'attardant.

Omissions bien vécues, nous reviendrons de toute façon, une fois ou deux ou plus. HK s'affirme tel notre lieu de rendez-vous. Et nous y reverrons les beaux et doux Pierre et Damien pour manger et ne pas comprendre comment parier les courses de chevaux et pour le plaisir.



Fiji after time

Tandis que la tête de la reine d'Angleterre flanque encore les billets de banque


Bien after-eight et à la faveur d'un stick d'afghan volé à Christophe, j'abandonne notes et inénarrables commencements, réorganise en couleurs mes/nos impressions sur les quelques 300 îles fidjiennes que nous n'avons pas toutes foulées. Inutile, d'ailleurs certaines se résument à un caillou surmonté d'un palmier, et d'autres seraient préemptées pour lunes de miel -, mais nous avons posé pieds et culs sur quelques-unes avec plus ou moins de bonheur. Non pas qu'elles faillissent à leur réputation, elles sont dignes de leur cartes postales. Non pas que.

C'est bleu et jaune, les côtes agrémentées souvent de sable champagne, la mer souvent cristalline reflets turquoise, les coraux souvent tapissent le sol et les poissons souvent tournent en rond et en banc autour, les étoiles de mer indigo prennent souvent des poses étranges. Vanua et Veti Levu. Korolevu. Coral Coast. Qamae la petite. Se lever avec le jour et pratiquer la sieste en hamac. Et non loin de Savusavu. La piscine et ses courbes. Les vues mers et montagnes et l'espace qui s'ouvre dans le luxe et le confort. Proches de Rakiraki. Guitares et chants doux. Une balançoire pour se jeter à l'eau. Des « Bula Bula » jetés en tous sens, toujours : bienvenue, vie, bonjour, tout ça dans le même mot. La vie au ralenti, en regardant distraitement s'envoler le ballon et s'égrainer les parties de voley, en contemplant (moins distraitement pour sûr) les gouttes de sueur perler sur les corps en action. Courir un peu., reprise difficile, mais cette satisfaction dans l'effort. Le Bamboo. Marcher loin dans l'eau claire quand la nuit tombe. Sortir le kayak,lutter contre les vents pour voir la baie autrement. Tenter de s'élever (parfois réussir) sur des vagues impropres à surfer, s'y épuiser même, et sentir dans ses muscles la fatigue. C'est bleu et jaune.

C'est vert et café, entouré par les eaux sur la pointe. Lavena. Les pêcheurs. Les crabes et les bernard-l'ermites et leurs singulières démarches. Le chemin tortueux de la côte et ses torrents. Le projet communautaire de préservation, l'exploitation douce et raisonnée ou fainéante. Une route sans goudron, que deux fois par jour le bus cahin-caha emprunte. Les hommes aux pieds nus et machettes, ramenant des sacs lourds de tapioka, des régimes de bananes. Les chutes d'eaux, la fraicheur de la cascade après la marche. Les ponts débordés. Quelques heures par jour l'électricité des générateurs. Les poulpes à la noix de coco, les poissons marinés citron-piment, le rourou cuisinés par les femmes du village. Les barques échouées à marée basse, les barques abandonnées par temps mauvais. Les cérémonies kava, où l'on ne boira jamais assez de ce breuvage immonde et terreux pour sentir de secondaires effets. La jungle mouillée par le ciel, des jours sous les caprices des cieux, des pluies. Taveuni. Lire beaucoup. Casser des noix sur les rochers, mâcher et remâcher, ressasser peut-être. L'odeur de la coco gourmande, tandis que les mains de la vieille huilent, effleurent, caressent nonchalamment, massent tranquillement. Et encore, un bain de boue près d'un campement perdu, ailleurs, avant. Se tartiner et se salir c'est délicieusement régressif. La terre est chaude. La douceur et tranquillité des villages traversés en moteur ou à pied. C'est vert et café.

C'est gris et poussière. Suva surtout. Capitale où s'engouffrent ceux qui souffrent, qui espèrent, ceux qui ont renoncé aux subsides de la mer, fatigués des arrêtes. Suva, plutôt subie en transit obligatoire, départs et arrivées des ferrys bancals, fatigués, envahis de cafards, offrant le privilège exotique d'une longue nuit sur le pont. Suva, où un faux mendiant me délestera subtilement de mes cartes bleues et de mes monnaies. « Nue » de moyens de paiement, si ce n'était la couverture réconfortante de Fatiha, je suis renvoyée à ma fragilité d'étrangère, à la convoitise, à ce qu'ils imaginent de facilité dans ma vie. S'en mordre la langue et redresser la tête. Cela arrive, cela s'arrange, cela fait partie du voyage. Serait-ce là que l'on juge la valeur, dans les réactions belles et non outrancières aux contrariétés.

C'est gris et rose. Parfois je rêve d'un quelqu'un qui ne fera pas le déplacement dans ces contrées lointaines, parfois je réveille Fatiha en lui caressant amoureusement le lobe d'oreille. Je rêve et j'enlace mon oreiller pour compenser. C'est gris et rose, ces longs couchers de soleil et l'orage, les éclairs parfois au loin. Dans ces nuances aussi, les histoires de cannibalisme du vieux, pour faire un peu peur et pour parler. Pareil, les jupes « sulu » et ces hommes-femmes, une fleur dans les cheveux. Et les parties de ping-pong quand fat chatouille l'orgueil des mâles à force de jolis coups. Aussi, les danses du feu pour touristes et les chansons d'au revoir trop répétées.

C'est gris et nébuleux. Je me sens faible, lasse. Mon corps se traine, et je suis malgré moi l'indolence locale. L'éternité est longue disait l'autre. Et puis les mélanésiens ne seraient pas aussi graciles que leurs cousins polynésiens. L'enthousiasme en moins même pour le paysage, quand les c'est beau se transforment en c'est quand même beau. Plus, je m'étonne de manifester si peu d'intérêt aux autres voyageurs. Nous aurions tous à peu près la même route, tous à peu près les mêmes aspirations et les mêmes manières. Alors, il serait devenu inutile de trop parler, de s'échanger des contacts. Je hais les huis clos de touristes. Manquai et le clan, pas pour moi, pas pour nous. Aparté, recluses volontaires, si nous sommes sèches d'histoires, nos silences nous remplissent. Le paradis s'est fané un moment, et j'ignore encore la raison. Fiji, parfois la lassitude (c'était un titre).



samedi 14 mai 2011

Cap Nord

Prendre le ferry pour Wellington, regarder s'éloigner les fjords, léchés de soleil.
La capitale mouchoir de poche en courte étape. En dépit du week-end et de la motivation d'Alex, j'aurai, tout comme Fatiha, perdu goût à la vie nocturne.
Citadines métamorphosées, passées en mode diurne ; aspirant davantage à d'inédits paysages qu'au mimétisme des foules. Alors, oui, notre samedi soir manquera sûrement de folie. Dimanche, nous contemplerons la ville des hauteurs de Victoria Mont. Au loin. Et point. L'urbanité fait repoussoir.

Nos masculins repartis...
Assouvir sa passion pour les routes en lacets, caresser à nouveau le volant.
Sur Whanghanui River Road, croiser un lapin, un chamois, un chasseur le filant mal, des grenouilles, des chevaux, d'éternels vaches et moutons et très peu de moteurs.
Ohakune, terre de carottes. Dormir et cuisiner dans un backpacker fantôme.
Whakapapa, marcher sur les traces des hobbits, un déjeuner sur les pierres et les chutes en point de retour.
Manquer – le cœur m'en pince toujours - les lacs saphir, la neige et la traversée du Tongariro. Faute au temps mitigé, et à l'autre temps qui court.
Desert Road et nuances ocres, immensité du plateau.
Taupo et alentours. Aperçu trop rapide. L'occasion impromptue d'une transhumance de moutons.
Filer vers Rotorua, le souffre et les geysers de boue. Et les chutes les plus spectaculaires qui soient. Un déluge exquis. Huka.
Ne rien faire finalement de ce que nous avions imaginé la veille. Oublier le vélo en forêt, préférer une tournée des lacs, Rotoiti, Rotoehu, Rotoma, Okataina. Siroter une bière en regardant le soleil se coucher sur le dernier. Des pêcheurs de pied, et puis ce vieux revenant en bateau qui nous offrit un red rainbow énorme. Nous le savourerons fumé au sucre brun avec des kumaras presque dans la foulée, mais sans lui. Il aurait été doux de s'attarder pourtant. Nous avions rendez-vous.

Plus loin vers le Nord, faire des circonvolutions autour de Whangarei. Ocean Beach, le surf et le bodyboard dans une eau brouillonne. La campagne, prés et vaches, la vue sur les vallons de Kamo. L'exploration d'Abbey Cave, l'eau jusqu'à la taille, l'obscurité glissante. Les descentes en rappel non loin. Grisant d'être attachée et de danser dans le vide. Descendre et remonter, redescendre et remonter, descendre et remonter. Cinq fois. Jouer avec les vitesses, se cogner les genoux, réviser les nœuds, s'emmêler dans les cordes, les harnais, les sangles, les mousquetons.

Vivre en version couchsurfing. Les paysages et les gens qui les habitent.
Nous avions rendez-vous.
Clint et Rosi. Sheleen et Greig. Karen, Colin et Samara. Troye.
Il fallait tenter toutes ces rencontres. Il le fallait pour l'aventure et la bienséance. Nous l'avions demandé et ils avaient accepté. Ils avaient cette ouverture et cette a priori disponibilité. Pourtant seuls Sheleen et Greig illuminent le tableau. La cuisine en carnage pour un repas indien kiwi style. Nous ouvrir la porte et nous laisser les clés. Ce n'était pas de la politesse, au contraire un véritable partage, et de naissantes complicités. L'expérience nous laisse tous jeunes et frais et forts et assoiffés.
Sans enjoliver donc. Ces deux là excepté, pas d'accointances particulières. Alors, garder la beauté de leurs lieux sinon celles de leurs âmes.

Reprendre enfin seules la route d'Auckland par les détours de la côte. Reprendre l'avion, en gardant un léger sentiment d'inachevé. Reprendre l'avion, en se répétant inlassablement qu'il faudra revenir.

Et tenter de tirer des leçons, bien que l'ensemble reste imprévisible.

mardi 10 mai 2011

West Coast Road

Hit the road!
Malborough m'a retenu. Si bien reçue, si évident. Pourtant, l'envie tiraille toujours. Voir plus loin. Voir encore. Et encore.
Louer une voiture. Et prendre tous les stoppeurs en route. Les vignobles, les virages, les montagnes, les rivières et torrents de bas-cotés, toutes ces eaux, les vaches, les taureaux, les moutons à la dérobée. Et le soleil dans les yeux.
Sans réelle planification, Saint-Arnaud. Une station essence épicerie, quelques baraques agglutinées en bord de route, des chemins de randos fléchés dans tous les sens, l'air alpin d'inter-saison, quand les hordes ont déserté. Alors, marcher les abords et rives du lac Rotoroa. Y croiser des étudiantes préoccupées par le sens gustatif des oiseaux. Plus tard, j'apprendrai sur leur esthétique. Autre histoire. Confère plus loin, et la plume de kakapo que je dois cacher.
Grimper le Mont Robert à l'heure du crépuscule. Lumières mauves orangées et calme absolu. Un de ces instants parfaits que l'on voudrait retenir. Sereine dans ma solitude.

Hit the road!
Les routes quasi désertes et superbes encore au petit matin. D'autres lumières, et j'ai vu l'aube se lever. Sur Rotoiti, un pêcheur, quelques paumés se réveillent. Pas une once de vent. Le lac est lisse comme un miroir, le soleil salue, les sous-bois humides encore de rosée. Caresser l'eau du regard. Explorer les alentours proches. Partager un café en silence. Sans gêne. Nous n'avions pas besoin de parler. Inutile. Juste graver des images pour ses mémoires propres. Le fond de l'eau. La jetée. Les canards. Le sourire du vieux et son « lovely day, isn't it? ». Les montagnes encaissées au dernier plan. Les vapeurs étirées d'une herbe offerte, juste pour le plaisir de l'échange, du don. Inventer des haltes.

Hit the road!
Reprendre la route en savourant. Lacs et montagnes ce matin, je toucherai la mer ce soir. C'est un Kerouac sans le livre. Une vie mordue.
Motueka trop grand. Takaka mon amour. Trouver là l'endroit et les voyageurs parfaits.
Raghail et Thomas. Thomas un peu plus. Pluriel et singulier. Pupu Springs et ses eaux pures. Le cap puis la pointe de Farewell, l'obsession d'atteindre le bout de la route. Le coucher de soleil puis l'observatoire aux étoiles, allongés sur les dunes. De la Croix du Sud contempler la faussaire, alors que le pinot gris nous ferait monter en philosophie. Tomber pour une voix lactée et une caresse sur la joue.

Hit the road!
Ma solitude de marcheuse m'était précieuse. Abel Tasman National Park. Difficile de raconter des heures de marche avec soi-même, les crickets que je prenais pour des oiseaux, ma transe dans l'effort, les baies et les baies, les plages désertes, les estuaires, les langues de terres, la lumière des sous-bois. Difficile de savoir ce à quoi joue ma tête quand mes pieds gambadent. Difficile... vides et pleins ou approchant.

Hit the road!
Après avoir écrasé un oiseau de mer et évité un possum, après avoir croisé la bière avec les étudiants en géologie, après avoir aimer le spa, la cheminée, le bois et le décor, je pourrai partir. Le goût de l'urgence. Il faut quitter l'Ile du Sud, et piétiner sa sœur. A Wellington retrouver Fatiha et Alex. C'est une nouvelle aube, et je reprend la route, embarquant les stoppeurs le bras tendu vers de nouveaux possibles.





vendredi 6 mai 2011

Des bras de mer

Des bras de mer

Qu'advient-il du trio? Demande JC, lui qui sait beaucoup de mes nuits londoniennes, de mes écarts, de mes déviances, JC dont l'imagination déborde.
Pas cette fois cariño. Ils sont beaux et suffisants. Veulent de tout sauf de moi. Il faut, même s'il s'en défendent, disparaître.

Pour eux l'ouest et Tasman Bay, pour eux encore le Sud de l'île du Sud, Fox Glacier, Lake Tekapo, Queenstown et Akaroa. Je les savais heureux et amoureux. Ils commenteront à l'envie, donneront corps à ce que je ne peux qu'esquisser.

Pour moi, les fjords de Marlborough d'abord et longtemps. Vallées d'eaux profondes, froides et douces, qui ne m'offrirent pas leur légendaire émeraude. Ou si peu. Ou volé avant la première nuit. Ou arraché au retour, avant le ferry.
Mes fjords sont café. Les douches, les pluies qui venaient nous bercer, coloraient l'eau comme le ciel. Café.

J'arrivai en ces lieux emballée comme un œuf de Pâques, et Alex, ce chilien exilé, a accepté le premier le cadeau encombrant que j'étais.
Envoyer des requêtes par interface web à d'illustres inconnus triés sur le volet. S'inviter chez eux. Et croquer un bout de leur vie. Sociabilité outrancière des voyageurs.
Je suis restée plus longtemps que je ne l'avais imaginé à Moenui. Le vue sur le Queen Charlotte Sound et les habitants m'y encourageaient.
Arpenter leurs rives et rivages, jauger les sillons des bras de mer, parcourir des routes magnifiquement serpentées, magnifiquement dangereuses. Errer. Pelorus Bridge. Portage. Kenepura Sounds. Marcher, marcher, marcher. Sous la pluie souvent. Ce n'est pas important. La canopée offre son manteau, protège des vents. Pagayer l'eau plus tard, une sortie coulée en kayak. Nous sauverons in extremis l'embarcation. Je ramais, et ramais pour abréger ton calvaire. Tu ne disais rien. Te ramener tel un glaçon, t''enrouler sous la couette, et regarder des films dont la poésie te laissera insatisfait. Ce bain contraint affuterai ta vigilance.
Et dehors, il pleut de nouveau. Peu importe.

Chausser des bottes, remonter le courant, braver les gouttes pour admirer les dessins de lumières que forment les vers luisants dans un recoin caché d'Havelock, que nous seuls sembleront connaitre. Ces créatures recréant pour nous un ciel fantasmagorique.

Une journée de coquillages et crustacés.
Discutant ostracisme, nous finirons par combattre l'exclusion sociale en allant cueillir des huitres sauvages. Le temps que vienne la marée basse. Apprécier leur résistance. Manier le couteau avec douceur. Défaire sans vouloir casser.
Puis arroser les moules géantes à coques vertes de trop de sauvignon blanc.
Il ne manquera ce jour que les langoustes.

Adresser de fausses prières aux murs de la cathédrale art déco de Nelson. Toi en espagnol : Je demande des choses impossibles, parce que c'est là le domaine des dieux.
Moi, ne demandant rien que d'autre que plus, se dispensant de dieux peut-être, mais pas de sagesse, mais pas de folie.

Nelson et le rugby. Highlanders versus Crusaders dans l'enceinte du stade. Quand les favoris perdent, il faut cacher ses attributs rouges. Partager simplement la victoire. Notre camp était de façade.

Et la fureur de Picton, quand finalement, longtemps après, je partirai. Les vents, je te le jure, se déchainèrent sur la marina toute la nuit.

Dans les fjords, Culeen Point serait notre point de ralliement. Là parfois, Andrea nous enfumera. Et nous referons le monde sur le promontoire. Toi, moi et la douce chanson brésilienne. Culeen Point. Nous nous y sommes embrassés dès le premier soir. D'instantanés amants. Une belle erreur murmurai-je alors.


mardi 26 avril 2011

Aoteraoa

Aoteraoa

Caprices d'une géographie intime.
Je ne sais plus exactement ce qui nous fit choisir la Malaisie.
Je ne sais pas tout à fait non plus ce qui nous fait continuer via la Nouvelle Zélande.
Tasman et la Baie des assassins, les Maoris, le capitaine Cook, ces oiseaux qui n'ont pas pris la peine de voler, kiwis et d'autres... Mieux que les aventures du club des cinq. Le bout du monde. Peut-être.

Secouée encore de tremblements, Christchurch est froide, battue par les vents, triste, son centre interdit, les maisons balayées ou éventrées sporadiquement. Difficile de comprendre pourquoi l'une a tenu tête et pourquoi l'autre abdiqua. Difficile a comprendre en général. Aléatoire. Quasiment cruel.

Garder de ce transit, le cœur gros des vieux frères qui tiennent l'auberge, gros de peine et de gentillesse. Plus un arc en ciel aperçu de la jetée alors que le vent, la pluie cinglent, et cette impression de pouvoir s'envoler.
Étrange de commencer par une ville qu'il faut fuir.

Une fois passée l'indigestion de Fish and Chips et les préparatifs, nous partons. Nous: Fatiha et moi, Thomas en sus. Triangulaire temporaire. Il m'est indécent de crever trop longtemps leur intimité retrouvée. Et inversement.

Automne. Rouges et jaunes colorent les arbres. Pluies intermittentes. Fraîcheur.
L'idée du camper-van est remisée à d'autres printemps. Néanmoins, dès que je prendrai le volant (d'une simple voiture) et les routes à l'envers, un sentiment puissant de liberté surgira. Il est grisant d'être maitresse des trajectoires, de traverser de tels paysages.

Christchurh – Hanmer Spring. Village perché au milieu des montagnes.
Quelques 200 km plus loin.
La brume ne nous empêchera pas d'atteindre un sommet (j'aurai aimé laisser un pluriel).
Le Mont Isabel. Cascades. Sous-bois. Bushs. Neige.
Souvent, me vient à l'esprit Brocéliande. Je ne me l'explique toujours pas. Le souvenir est un mythe.
Mais il y a ces « barbes de vieux » poussant sur des branches et des troncs noirs. Mutant végétal suçant l'arbre (de vie). Du lichen. La symbiose d'une algue et d'un champignon me fascine.
Mais il y a cette forêt qui semble survivre à la foudre, aux feux, aux hommes.
Mais il y a cette forêt surgis de temps immémoriaux.

Et puis les sources. Nager longtemps puis tremper dans des eaux tièdes et médicinales.
Partir un peu neuve, un peu moins ridée. Continuer sur des envies d'eaux, soient-elle froides. Kaikoura, ou l'on ne verra ni baleines, ni dauphins, sinon des colonies d'albatros.
Reprendre la route, des routes. Les aimer encore.

mercredi 20 avril 2011

Double noeud coulant

Perhentian nous aurait presque fait oublier le goût et l'appel du large.
Voyager pourrait être aussi savoir s'arrêter. Voyager pourrait être aussi savoir repartir. Les deux à la fois.
Nous dessinons une approximative boucle, dont les nouveaux points de crochets seront l'immense, insondable et emblématique Taman Negara. Un fleuve immense et boueux trouent une jungle totalement préservée, des rivières, des cascades aussi. Dans le calme village Kuala Tahan, les épiceries ressemblent à des échoppes russes aux pires heures soviétiques. Ici, la nature reprend ses droits, et de concert les moustiques et les sangsues. Ici, on touche un territoire hostile et vierge, ici on vient grimper avec humilité des collines, s'emmêler les pieds aux racines, toucher la canopée ; ici on vient regarder les lianes enlacer des arbres centenaires et gigantesques ; ici on vient tenter d'apercevoir des espèces rares. Je ne suis douée ni pour la faune, ni pour la flore. J' apprécierai en densité. S'enfouir dans la jungle, pour mieux jauger de sa petitesse. C'est le bloc, l'ensemble que je retiens, plus que le détail.

Nous dessinons une approximative boucle, un nœud peut-être. KL capitale de nouveau, vite, en transit, où nous rencontrerons de belles âmes. Redouane, sachant survivre aux chutes, et qui aurait surement tant à m'apprendre, du civet de lapin aux massages. Avec lui Lake Garden, le vert urbain, la grande mosquée en robe mauve de confrérie, celle des non-musulmans, et les oiseaux. Les aigles emboutissent les poussins, les paons paradent les chouettes, les perruches me démêlent les cheveux ou l'inverse, les perroquers parlent a l'envie, les love birds simulent le secret en me grattant l'oreille. Et je souris. Bizarreries des espèces. Dans la proximité, s'apprivoiser.

Dans le retour à un premier point de chute prendre ses marques, la guest house, à l'écart des grands flux touristiques recelle de magnifiques bergers, mes belles âmes de tout à l'heure. La patronne est un ange qui connait tous nos prénoms, et nous offre barbecue et salades, la patronne est un démon qui cède à la fièvre des samedis soirs. Et le vieux finlandais est toujours là.

Fatiha et moi prendront des chemins différents. Elle, Singapour et son tendre lover.
Quant a moi, un crochet vers le sud proche. Melacca, Malacca. L'orthographe hésite, peut-être parce que le détroit fut un joyau convoité par beaucoup – Portugais, Hollandais, Anglais... -, une route maritime qui me ramènerai sur les traces de Corto Maltes et des pirates. Tous les aspirants et conquérants laisseront une empreinte dans la vieille ville. Tombes flamandes, places portugaises, flegme anglais. Ce qui resterait d'influences se retrouve dans le créole de la cuisine. Malacca sent le port comme Marseille. Malacca se dresse comme une vieille grande, fière encore et têtue.
J' hanterai longtemps les marchés nocturnes et m'aventurerai loin la nuit tombée le long des quais. Remonter avant la mer, remonter les origines, suivant loin dans les terres la rivière.
Je gouterai la charité bouddhique avec une singapourienne (ce qui sonne étrange) légèrement timbrée. Alors donc, on m'offrira à moi, comme aux pauvres et aux hashers (coureurs buvant beaucoup de bière, le plus souvent flamands, travestis ou parrés de rouge dont le rituel de la course annuelle me reste incompréhensible), le riz, l'ananas et le thé.

mardi 19 avril 2011

Perhantian Islands

Perhentian Islands.

Glissant d'une île à l'autre. D'est en ouest. De Penang à Perhentian.

Mer agitée ce jour où nous débarquons sur la jetée de Kecil.
Nous savions peu de l'endroit, moins les poncifs plage, soleil, plongeons et plongées.
Nous aimerons dès le premier regard. Nous perdrons notion de temps et de durée tant l'endroit s'avère apaisant et spectaculaire à la fois.
Sable blanc posé sur le bleu turquoise de la mer de chine occidentale. Pas de route, pas de voiture, seulement quelques chemins serpentent la jungle. Et des bateaux taxi à héler en cas de paresse.

Notre bungalow a quelque chose de délabré. Peu importe. Les geckos et monitalisas y élisent domicile, le singe Meelo mordille et caresse, les chats lézardent. La vue, le bruit et l'odeur de la mer l'emportent. Il ne sera pas question de faire beaucoup, juste d'être là. De lézarder à l'ombre ou au soleil. De patauger en masque palmes et tuba, de flotter avec les poissons et de s'entendre respirer, binaire rassurant. Dans ces randonnées subaquatiques tomber sur des merveilles, des centaines de poissons, des coraux, des oursins, des tortues et des requins. D'hésiter longuement sur le poisson grillé du jour, barracuda, red snapper, blue marlin ou... requin. De marcher pieds nus tout le temps, en évitant les fourmis. De ne pas vouloir se relever des abysses et du balancement d'un hamac. De regarder les réparations minutieuses du bateau et sa mise à l'eau comme une renaissance. De plonger du bas du phare. De déranger les méduses. De bouquiner en jetant un œil distrait sur les parties de foot, la sueur qui colle aux corps. De saisir des instants : une tortue vieille de 100 ans timidement débarquée sur la plage disparaître dans les profondeurs d'où elle était venue, le chant fredonné du marin dans sa barque, l'arrivée d'un nouveau groupe électrogène comme un évènement d'ampleur. D'explorer lentement les chemins de l'île, ses beautés cachées, ses araignées géantes postées à l'entrée du village de pêcheurs telles des vigiles, et les toiles comme des forteresses. De s'égarer un peu, par étourderie, sur le chemin du retour dans les méandres de la jungle, de craindre que la nuit ne tombe trop vite. De se demander longtemps pourquoi et comment la queue des lézards repousse. De contempler, songeur, l'avertissement « beware of coconuts » et se dire qu'il n'y aurait que cela à penser. D'apprécier une pluie, comme un bon café, court(e) et fort(e), et l'odeur qu'exhume la terre après sa douche. De sentir l'eau froide lavant nos corps salés et sablés. De prendre les maisons pilotis en modèle et prendre sur nous-mêmes une symbolique hauteur. D'aimer quand le bateau tangue. De se perdre dans les sacs et ressacs de la mer. De sentir la puissance du courant, son entrainante musique. Une nonchalance telle que la célébrait le vieux Salvador. « Dans mon île », bien tranquille.

La disponibilité crée les rencontres.
Plus difficile à résumer, recentré autour du Moonlight, notre maison, et de ses saisonniers résidents.
Zack. Tournant autour de la cinquantaine, quelques tourbillons de vie derrière. Charmeur avec toutes. Pas spécialement beau. Menteur, joueur, jaloux. Faignant, affable. Tout cela à la fois. Spécialiste des traitements spéciaux. A qui je n'ai pas refusé quelques vodkas-ananas sur son balcon, ni un baiser, ni les bijoux de pacotille qu'il m'offrait, ni...
Jimmy. Quart malais, quart indien, quart chinois, quart thaï. Quatre quarts plus succulent que le gâteau. Timide dans le clin d'œil et le sourire. Resplendissant, sérieux, distant d'abord, sculpté, sûrement jeune. Et qui au détour d'une dernière nuit se laissera approcher. On a du se parler de trop près pour ne pas finalement s'embrasser. On devait trop aimer la jetée pour ne pas s'y poser. Il y a des desserts à ne pas refuser.
Au petit matin, je ne le réveillerai pas, honteuse de les avoir posé en rivaux. Maladroite quand je ne suis pas timide.


Une semaine, nous quittons à rebours le paradis.
Un paradis qui vire à l'enfer en temps de mousson. Et il est vrai que l'île porte quelques cicatrices. Comme sous l'emprise de la force de Coriolis, nous aurions refusé de le voir.