Après Hong Kong en atterrissage facile, international et anglophone, propre et business en somme, Fatiha est repartie en colle amoureuse.Une fois le visa idoine et la nouvelle visa en poche, je suis parée pour l'aventure, avec une pointe d'appréhension tout de même. Je m'apprête à croquer des bouchées de Chine sans l'avoir tout à fait prévu. L'itinéraire est des plus vagues. Tirer vers l'ouest?
D'abord un saut de puce. A moins de 2 heures de train, et moins de 200 kilomètres, Guangzhou sera le quasi premier visage du géant, un monstre urbain de plus de 10 millions d'habitants, une ville champignon. Pourquoi m'infliger cela? Juste parce que j'ai trop lu Corto Maltese. Canton, les beaux marins voyageurs, les fumeries, un port qui sent la sueur et la crasse, les espionnes irrésistibles et peut-être Rasputin caché quelque part. Quel est donc ce besoin de vouloir constater ce que l'on savait déjà de l'absence? Alors, je passerai rapidement sur les dédales de rues derrière les grands boulevards, et les stands à l'emporte-pièce vendant tout et rien à prix bas. Rien de réellement surprenant.
Shamian Island, le quartier colonial, reste un agréable refuge historique. Entrepôts et maisons rénovées, rues pavées et piétonnes, allées bordées d'arbres, de statues et fontaines, plaisante promenade le long du port, cet air de villégiature à l'européenne et, plus incongru, les photographes et mariés de catalogue posant en tous coin avec ventilateur pour le soufflé des cheveux et l'aérien de la traine. Les chinois au temps des comptoirs français puis anglais n'étaient pas autorisés à franchir les ponts de fer qui reliaient l'île au continent. Concession choquante, prenant désormais des allures muséale. Et moi qui aimait beaucoup ce coin en négatif à la ville nouvelle.
Ce sont les gens rencontrés fortuitement ou sollicités qui feront de l'étape l'intérêt et le crescendo. Quittant rapidement l'appartement du 7 étage, bâtiment 15 de la « community » avec parc et piscine de Bastian, j'atterris chez Laurent, plus classe et plus bohème. Avec lui je vivrais les 40 ans d'Abi l'américain avec toute sa promo de mandarin ; une sortie au Nova Club entre oldies hip-hop (ce que j'apprécie) et pop coréenne (ce que j'apprécie moins), une soirée private meregue salsa pachata, 1-2, 1-2-3, 1-2-3-4 avec une internationale couchsurfing dans une bourgeoise demeure avec employée de maison et gardien. Un brassage riche de gens dans un condensé de temps. Un colombien poussant mes aspirations de travail sur d'improbables îles. Un toulousain à la drague insistante, revu le lendemain, Yuexiu Park, entre les bassins aux poissons obèses et la statue des cinq chèvres, tout en ratant Zoé et Cornelius. Des gens soucieux de mon confort, de mon ressenti, de mon intégration. J'écourte.
Malgré l'éclectisme des rencontres, et les aides précieuses, je parcours la Chine sans posséder la langue, et je butte parfois. Leurs façons d'éluder me plaisent moyennement. Les manières me semblent parfois rudes. Mais puisque qu'on m'assure que rien n'est propre à ma personne... Continuons. Pour comprendre ce qui leur donne longue vie, il faut se lever tôt. J'ai vraiment aimé les 3 grands-mères au pied de l'immeuble avec leur tai-shi, leur sabre et leur concentration.
Un bus. Il rigole l'assistant, se moque gentiment, je suis incapable de prononcer Yangshuo correctement. Le quartier touristique de la vieille ville est hyper agité à cette heure avancé de la nuit, bars beuglant des succédanés de musiques, et crachant leurs poivrots, néons clignotants, hôtels, boutiques de souvenirs, agences de tours. Traverser sans prendre part. Un dortoir pour moi seule, une douche et dodo. La nuit me semble de mauvais goût. C'est le reste que je veux voir, le jour, les campagnes, les montagnes, les villages, pas les parades.
Vélo. Suivre la rivière Ly plus ou moins. Goûter l'ambiance des villages, des parties de mah-jong, les cuisines, les écoliers, puis des rizières, d'autres plantations, voir les buffles se baigner. Tenter en somme de se perdre en refusant de rejoindre la grand route. Demander avec carte sans échelles et signes et balbutiements.
Marche. Prendre un bus local et s'envoyer promener. Alors que les touristes chinois empruntent les bamboo raft pour descendre la rivière et serpenter entre les pics de karst, je prends par les terres m'autorisant d'occasionnelles et nécessaires traversées (ce couple qui m'a embarqué) entre Yangdi et Xingping. Les montagnes sont jetées en désordre, elles grandissent, une bizarrerie géologique. Je grandirai peut-être avec.
Escalade. Juste deux guides. Aucun néophyte excepté moi. Un coin de campagne, entre les choux et les pousses de riz. Ils sont charmants. L'assistant, un des rares chinois qui me semblera séduisant. Et quand il grimpe torse nu, un chat... Quant a moi, sans être particulièrement douée, j'aime les hauteurs, la paroi et le mur à franchir. L'effort, le lâcher-prise, la suspension, la vue et la descente araignée (le rappel). Souvent je pense à mieux utiliser mes doigts de pieds sans franchement y parvenir.
Les soirs, je partage des tranches de vies et des bières avec Vincent et Chase et le réseau des profs d'anglais expatriés. Je suis en paix.
Continuer. Un bus pour Guilin, pour un train de nuit jusque Kunming, pour un bus long courrier jusque Lijiang. Près de 30 heures de transport avec Saw en guide et traducteur un temps. Sinon, sourire et dodeliner de la tête quand de vieux curieux et affables me parlent. Au bout de la route, une respiration, de l'air et un vent léger : le Yunnan.
J'arrive de nuit sans avoir rien réservé. Toujours le même travers. Le taxi me lâche à l'entrée de la vieille ville. Rues étroites bordées d'étroits canaux. Charmant et quasi désert. Dans ce véritable labyrinthe, je ne trouve pas la guest house où je pressentais passer la nuit. In fine, je m'offre le confort d'un véritable hôtel, dont les clients sont de l'est et non de l'ouest. Une belle chambre et des chaussons offerts. Là encore une inconnue dame entre deux ages m'a aidé. J'ai aimé le premier contact avec Lijiang. De jour, tout change. Des hordes de touristes débarquent pour admirer ce patrimoine à juste titre classé. Mais il y une règle que tout ou presque voyageur connait. Le 80/20. 80% des glandus sur 20% des sites. La foule me gâche irrémédiablement le plaisir, je prends les tangentes, les rues sans contrefaçon étalées pour le chalant. Puis, je répète les gestes sains de la précédente destination.
Vélo. Jusque Baisha. Lijiang sans l'exploitation, ou alors embryonnaire. Le Yunnan concentre énormément de minorités. Les Naxis sont nombreux ici, l'architecture tout autre. Maisons de bois avec cours intérieure. Et scène de villages, les foins qu'on bat à même la route, des temples déserts à visiter. Mon préféré offrait une table de ping-pong en guise d'offrande à l'entrée et aucun moine à l'horizon. L'ascension jusqu'aux « eaux de Jade », le temple abandonné, pillé sûrement par trop de révolution culturelle. Les locaux pic-niquent aux bords des eaux maintenant, préférant ici maintenant célébrer le ventre plus que le spirituel.
Marche. Tiger Leaping Gorge est un trek à couper le souffle, figuré et littéral. 8 heures d'un pas rapide, pour ne pas être prise par la nuit. Traversée par les voix hautes. L'essoufflement des 28 bends. Recroiser la folle irlandaise, la perdre, je communique peu quand je marche. Mâcher la viande de yak séchée en compagnie des imposantes montagnes. Sereine. Le Tibet est tout proche et les frontières sont fermées. Les gorges sont vertigineuses vue d'une telle hauteur,le chemin escarpé grandiose. Chèvres et chevaux en semi-libertés, vaches et ânes, l'endroit est habité. Minoritées encore. Le soir, toujours dans cette beauté, dîner avec une chinoise épuisée, seule et timide. Les solitaires sont des curiosités par ici. Maylin me donnera ses pansements, des conseils pour rejoindre Shaxi et des traductions bilingues, un trésor donc.
Continuer. Avec la promesse de trouver un endroit épargné par le tourisme de masse. Shaxi. Shugne et Zhuang me prennent en main dès la descente du bus. La demoiselle parle un anglais parfait, et son aspirant amoureux est spontanément généreux. Le resto musulman est un régal. Les fèves. Et la soupe de bœuf à la menthe. Puis le vin de prune et le rare thé Puer avec eux. Ici ce sont les Bais, et leur folklore est objet d'un projet de préservation récent. Shaxi est l'une des dernières survivances de l'époque des caravanes. Dans l'ombre de la route de la soie, sur ses pavés transitaient thés et chevaux. Nous gambaderons les rues le lendemain, passant portes et temples, longeant les berges de la proche rivière, écouteront la musique, caresseront du regard la campagne environnante, la montagne au loin, les fabriques d'ardoises, les faiseurs de chaussures, et le sage chargé de rédiger sur papier rouge les prières que l'on accroche aux murs de la maison quand vient la fête du printemps. Qu'il est bon de les avoir avec moi. Ils m'expliquent, me gâtent.
Je pars avec regret. Continuer. D'autres secrets à percer. Dali. Le premier soir goûter l'humeur sans rien n'attendre. Plus rectangulaire dans ses murs d'enceintes que la ronde et liquide Lijiang, moins de charme. Hordes de touristes chinois occupé à consommer. Alors, vous deveniez.
Vélo. Le lac Erhai. Entre rivages, rizières et bucoliques villages. Nouvelles architectures encore. Chaux blanche et arabesques en bleu de chine. Les enfants me moquent, les vieux me sourient, en général. Longue longue journée de pédale, parce que le bateau n'arrivera jamais. Il faudra renoncer à glisser sur le lac et rouler encore. En sens inverse.
Marche. Annulée pour cause de lourdes pluies. La non ascension de Cang Shan m'a d'abord laissé un goût amer. C'est ainsi! philosophait à juste titre Fabrizzio, qui était pourtant australien. Prendre sa journée alors pour vous écrire, discuter nonchalamment avec d'autres otages des cieux, et regarder le patron jouer au billard sans oser le prendre.
Puis c'est encore un train de nuit. Puis un avion. Hong Kong, une rapide escale et fin de l'épisode bavard en solitaire.
Cécile, je ne visite le blog que trop rarement mais chaque fois c'est un délice, merci et bonne route !
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