vendredi 6 mai 2011

Des bras de mer

Des bras de mer

Qu'advient-il du trio? Demande JC, lui qui sait beaucoup de mes nuits londoniennes, de mes écarts, de mes déviances, JC dont l'imagination déborde.
Pas cette fois cariño. Ils sont beaux et suffisants. Veulent de tout sauf de moi. Il faut, même s'il s'en défendent, disparaître.

Pour eux l'ouest et Tasman Bay, pour eux encore le Sud de l'île du Sud, Fox Glacier, Lake Tekapo, Queenstown et Akaroa. Je les savais heureux et amoureux. Ils commenteront à l'envie, donneront corps à ce que je ne peux qu'esquisser.

Pour moi, les fjords de Marlborough d'abord et longtemps. Vallées d'eaux profondes, froides et douces, qui ne m'offrirent pas leur légendaire émeraude. Ou si peu. Ou volé avant la première nuit. Ou arraché au retour, avant le ferry.
Mes fjords sont café. Les douches, les pluies qui venaient nous bercer, coloraient l'eau comme le ciel. Café.

J'arrivai en ces lieux emballée comme un œuf de Pâques, et Alex, ce chilien exilé, a accepté le premier le cadeau encombrant que j'étais.
Envoyer des requêtes par interface web à d'illustres inconnus triés sur le volet. S'inviter chez eux. Et croquer un bout de leur vie. Sociabilité outrancière des voyageurs.
Je suis restée plus longtemps que je ne l'avais imaginé à Moenui. Le vue sur le Queen Charlotte Sound et les habitants m'y encourageaient.
Arpenter leurs rives et rivages, jauger les sillons des bras de mer, parcourir des routes magnifiquement serpentées, magnifiquement dangereuses. Errer. Pelorus Bridge. Portage. Kenepura Sounds. Marcher, marcher, marcher. Sous la pluie souvent. Ce n'est pas important. La canopée offre son manteau, protège des vents. Pagayer l'eau plus tard, une sortie coulée en kayak. Nous sauverons in extremis l'embarcation. Je ramais, et ramais pour abréger ton calvaire. Tu ne disais rien. Te ramener tel un glaçon, t''enrouler sous la couette, et regarder des films dont la poésie te laissera insatisfait. Ce bain contraint affuterai ta vigilance.
Et dehors, il pleut de nouveau. Peu importe.

Chausser des bottes, remonter le courant, braver les gouttes pour admirer les dessins de lumières que forment les vers luisants dans un recoin caché d'Havelock, que nous seuls sembleront connaitre. Ces créatures recréant pour nous un ciel fantasmagorique.

Une journée de coquillages et crustacés.
Discutant ostracisme, nous finirons par combattre l'exclusion sociale en allant cueillir des huitres sauvages. Le temps que vienne la marée basse. Apprécier leur résistance. Manier le couteau avec douceur. Défaire sans vouloir casser.
Puis arroser les moules géantes à coques vertes de trop de sauvignon blanc.
Il ne manquera ce jour que les langoustes.

Adresser de fausses prières aux murs de la cathédrale art déco de Nelson. Toi en espagnol : Je demande des choses impossibles, parce que c'est là le domaine des dieux.
Moi, ne demandant rien que d'autre que plus, se dispensant de dieux peut-être, mais pas de sagesse, mais pas de folie.

Nelson et le rugby. Highlanders versus Crusaders dans l'enceinte du stade. Quand les favoris perdent, il faut cacher ses attributs rouges. Partager simplement la victoire. Notre camp était de façade.

Et la fureur de Picton, quand finalement, longtemps après, je partirai. Les vents, je te le jure, se déchainèrent sur la marina toute la nuit.

Dans les fjords, Culeen Point serait notre point de ralliement. Là parfois, Andrea nous enfumera. Et nous referons le monde sur le promontoire. Toi, moi et la douce chanson brésilienne. Culeen Point. Nous nous y sommes embrassés dès le premier soir. D'instantanés amants. Une belle erreur murmurai-je alors.


1 commentaire:

  1. J'ai adoré ce chapitre. même si j'ai failli mourir dans le naufrage, et nous avons découvert que Ginsberg n'appartient pas à la génération de bits,et ce que vous pensez qu'il a été longtemps était juste une petite pour moi.

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