samedi 14 mai 2011

Cap Nord

Prendre le ferry pour Wellington, regarder s'éloigner les fjords, léchés de soleil.
La capitale mouchoir de poche en courte étape. En dépit du week-end et de la motivation d'Alex, j'aurai, tout comme Fatiha, perdu goût à la vie nocturne.
Citadines métamorphosées, passées en mode diurne ; aspirant davantage à d'inédits paysages qu'au mimétisme des foules. Alors, oui, notre samedi soir manquera sûrement de folie. Dimanche, nous contemplerons la ville des hauteurs de Victoria Mont. Au loin. Et point. L'urbanité fait repoussoir.

Nos masculins repartis...
Assouvir sa passion pour les routes en lacets, caresser à nouveau le volant.
Sur Whanghanui River Road, croiser un lapin, un chamois, un chasseur le filant mal, des grenouilles, des chevaux, d'éternels vaches et moutons et très peu de moteurs.
Ohakune, terre de carottes. Dormir et cuisiner dans un backpacker fantôme.
Whakapapa, marcher sur les traces des hobbits, un déjeuner sur les pierres et les chutes en point de retour.
Manquer – le cœur m'en pince toujours - les lacs saphir, la neige et la traversée du Tongariro. Faute au temps mitigé, et à l'autre temps qui court.
Desert Road et nuances ocres, immensité du plateau.
Taupo et alentours. Aperçu trop rapide. L'occasion impromptue d'une transhumance de moutons.
Filer vers Rotorua, le souffre et les geysers de boue. Et les chutes les plus spectaculaires qui soient. Un déluge exquis. Huka.
Ne rien faire finalement de ce que nous avions imaginé la veille. Oublier le vélo en forêt, préférer une tournée des lacs, Rotoiti, Rotoehu, Rotoma, Okataina. Siroter une bière en regardant le soleil se coucher sur le dernier. Des pêcheurs de pied, et puis ce vieux revenant en bateau qui nous offrit un red rainbow énorme. Nous le savourerons fumé au sucre brun avec des kumaras presque dans la foulée, mais sans lui. Il aurait été doux de s'attarder pourtant. Nous avions rendez-vous.

Plus loin vers le Nord, faire des circonvolutions autour de Whangarei. Ocean Beach, le surf et le bodyboard dans une eau brouillonne. La campagne, prés et vaches, la vue sur les vallons de Kamo. L'exploration d'Abbey Cave, l'eau jusqu'à la taille, l'obscurité glissante. Les descentes en rappel non loin. Grisant d'être attachée et de danser dans le vide. Descendre et remonter, redescendre et remonter, descendre et remonter. Cinq fois. Jouer avec les vitesses, se cogner les genoux, réviser les nœuds, s'emmêler dans les cordes, les harnais, les sangles, les mousquetons.

Vivre en version couchsurfing. Les paysages et les gens qui les habitent.
Nous avions rendez-vous.
Clint et Rosi. Sheleen et Greig. Karen, Colin et Samara. Troye.
Il fallait tenter toutes ces rencontres. Il le fallait pour l'aventure et la bienséance. Nous l'avions demandé et ils avaient accepté. Ils avaient cette ouverture et cette a priori disponibilité. Pourtant seuls Sheleen et Greig illuminent le tableau. La cuisine en carnage pour un repas indien kiwi style. Nous ouvrir la porte et nous laisser les clés. Ce n'était pas de la politesse, au contraire un véritable partage, et de naissantes complicités. L'expérience nous laisse tous jeunes et frais et forts et assoiffés.
Sans enjoliver donc. Ces deux là excepté, pas d'accointances particulières. Alors, garder la beauté de leurs lieux sinon celles de leurs âmes.

Reprendre enfin seules la route d'Auckland par les détours de la côte. Reprendre l'avion, en gardant un léger sentiment d'inachevé. Reprendre l'avion, en se répétant inlassablement qu'il faudra revenir.

Et tenter de tirer des leçons, bien que l'ensemble reste imprévisible.

mardi 10 mai 2011

West Coast Road

Hit the road!
Malborough m'a retenu. Si bien reçue, si évident. Pourtant, l'envie tiraille toujours. Voir plus loin. Voir encore. Et encore.
Louer une voiture. Et prendre tous les stoppeurs en route. Les vignobles, les virages, les montagnes, les rivières et torrents de bas-cotés, toutes ces eaux, les vaches, les taureaux, les moutons à la dérobée. Et le soleil dans les yeux.
Sans réelle planification, Saint-Arnaud. Une station essence épicerie, quelques baraques agglutinées en bord de route, des chemins de randos fléchés dans tous les sens, l'air alpin d'inter-saison, quand les hordes ont déserté. Alors, marcher les abords et rives du lac Rotoroa. Y croiser des étudiantes préoccupées par le sens gustatif des oiseaux. Plus tard, j'apprendrai sur leur esthétique. Autre histoire. Confère plus loin, et la plume de kakapo que je dois cacher.
Grimper le Mont Robert à l'heure du crépuscule. Lumières mauves orangées et calme absolu. Un de ces instants parfaits que l'on voudrait retenir. Sereine dans ma solitude.

Hit the road!
Les routes quasi désertes et superbes encore au petit matin. D'autres lumières, et j'ai vu l'aube se lever. Sur Rotoiti, un pêcheur, quelques paumés se réveillent. Pas une once de vent. Le lac est lisse comme un miroir, le soleil salue, les sous-bois humides encore de rosée. Caresser l'eau du regard. Explorer les alentours proches. Partager un café en silence. Sans gêne. Nous n'avions pas besoin de parler. Inutile. Juste graver des images pour ses mémoires propres. Le fond de l'eau. La jetée. Les canards. Le sourire du vieux et son « lovely day, isn't it? ». Les montagnes encaissées au dernier plan. Les vapeurs étirées d'une herbe offerte, juste pour le plaisir de l'échange, du don. Inventer des haltes.

Hit the road!
Reprendre la route en savourant. Lacs et montagnes ce matin, je toucherai la mer ce soir. C'est un Kerouac sans le livre. Une vie mordue.
Motueka trop grand. Takaka mon amour. Trouver là l'endroit et les voyageurs parfaits.
Raghail et Thomas. Thomas un peu plus. Pluriel et singulier. Pupu Springs et ses eaux pures. Le cap puis la pointe de Farewell, l'obsession d'atteindre le bout de la route. Le coucher de soleil puis l'observatoire aux étoiles, allongés sur les dunes. De la Croix du Sud contempler la faussaire, alors que le pinot gris nous ferait monter en philosophie. Tomber pour une voix lactée et une caresse sur la joue.

Hit the road!
Ma solitude de marcheuse m'était précieuse. Abel Tasman National Park. Difficile de raconter des heures de marche avec soi-même, les crickets que je prenais pour des oiseaux, ma transe dans l'effort, les baies et les baies, les plages désertes, les estuaires, les langues de terres, la lumière des sous-bois. Difficile de savoir ce à quoi joue ma tête quand mes pieds gambadent. Difficile... vides et pleins ou approchant.

Hit the road!
Après avoir écrasé un oiseau de mer et évité un possum, après avoir croisé la bière avec les étudiants en géologie, après avoir aimer le spa, la cheminée, le bois et le décor, je pourrai partir. Le goût de l'urgence. Il faut quitter l'Ile du Sud, et piétiner sa sœur. A Wellington retrouver Fatiha et Alex. C'est une nouvelle aube, et je reprend la route, embarquant les stoppeurs le bras tendu vers de nouveaux possibles.





vendredi 6 mai 2011

Des bras de mer

Des bras de mer

Qu'advient-il du trio? Demande JC, lui qui sait beaucoup de mes nuits londoniennes, de mes écarts, de mes déviances, JC dont l'imagination déborde.
Pas cette fois cariño. Ils sont beaux et suffisants. Veulent de tout sauf de moi. Il faut, même s'il s'en défendent, disparaître.

Pour eux l'ouest et Tasman Bay, pour eux encore le Sud de l'île du Sud, Fox Glacier, Lake Tekapo, Queenstown et Akaroa. Je les savais heureux et amoureux. Ils commenteront à l'envie, donneront corps à ce que je ne peux qu'esquisser.

Pour moi, les fjords de Marlborough d'abord et longtemps. Vallées d'eaux profondes, froides et douces, qui ne m'offrirent pas leur légendaire émeraude. Ou si peu. Ou volé avant la première nuit. Ou arraché au retour, avant le ferry.
Mes fjords sont café. Les douches, les pluies qui venaient nous bercer, coloraient l'eau comme le ciel. Café.

J'arrivai en ces lieux emballée comme un œuf de Pâques, et Alex, ce chilien exilé, a accepté le premier le cadeau encombrant que j'étais.
Envoyer des requêtes par interface web à d'illustres inconnus triés sur le volet. S'inviter chez eux. Et croquer un bout de leur vie. Sociabilité outrancière des voyageurs.
Je suis restée plus longtemps que je ne l'avais imaginé à Moenui. Le vue sur le Queen Charlotte Sound et les habitants m'y encourageaient.
Arpenter leurs rives et rivages, jauger les sillons des bras de mer, parcourir des routes magnifiquement serpentées, magnifiquement dangereuses. Errer. Pelorus Bridge. Portage. Kenepura Sounds. Marcher, marcher, marcher. Sous la pluie souvent. Ce n'est pas important. La canopée offre son manteau, protège des vents. Pagayer l'eau plus tard, une sortie coulée en kayak. Nous sauverons in extremis l'embarcation. Je ramais, et ramais pour abréger ton calvaire. Tu ne disais rien. Te ramener tel un glaçon, t''enrouler sous la couette, et regarder des films dont la poésie te laissera insatisfait. Ce bain contraint affuterai ta vigilance.
Et dehors, il pleut de nouveau. Peu importe.

Chausser des bottes, remonter le courant, braver les gouttes pour admirer les dessins de lumières que forment les vers luisants dans un recoin caché d'Havelock, que nous seuls sembleront connaitre. Ces créatures recréant pour nous un ciel fantasmagorique.

Une journée de coquillages et crustacés.
Discutant ostracisme, nous finirons par combattre l'exclusion sociale en allant cueillir des huitres sauvages. Le temps que vienne la marée basse. Apprécier leur résistance. Manier le couteau avec douceur. Défaire sans vouloir casser.
Puis arroser les moules géantes à coques vertes de trop de sauvignon blanc.
Il ne manquera ce jour que les langoustes.

Adresser de fausses prières aux murs de la cathédrale art déco de Nelson. Toi en espagnol : Je demande des choses impossibles, parce que c'est là le domaine des dieux.
Moi, ne demandant rien que d'autre que plus, se dispensant de dieux peut-être, mais pas de sagesse, mais pas de folie.

Nelson et le rugby. Highlanders versus Crusaders dans l'enceinte du stade. Quand les favoris perdent, il faut cacher ses attributs rouges. Partager simplement la victoire. Notre camp était de façade.

Et la fureur de Picton, quand finalement, longtemps après, je partirai. Les vents, je te le jure, se déchainèrent sur la marina toute la nuit.

Dans les fjords, Culeen Point serait notre point de ralliement. Là parfois, Andrea nous enfumera. Et nous referons le monde sur le promontoire. Toi, moi et la douce chanson brésilienne. Culeen Point. Nous nous y sommes embrassés dès le premier soir. D'instantanés amants. Une belle erreur murmurai-je alors.