dimanche 7 août 2011

Ups and downs


Un bus, puis deux, puis trois. Cela glissait et s'enchaînait parfaitement ; j'étais d'humeur un peu triste pourtant. C'est au début d'une après-midi chaude que j'arrivais au pays Dong des ponts du vent et de la pluie. Accompagnée de mon humeur maussade, je découvrais les villages, leurs gamins moqueurs, les inénarrables ponts, la rivière vie et ses bras et ses rigoles. Pas de voitures sur les chemins pavés et étroits, juste des charrettes et moyens rudimentaires de portage – le bâton posé sur l'épaule et l'équilibre savant des poids - . Les vieilles aux champs de riz, dans les plantations de thé, la tête dans les divers légumes m'arrêtaient plus que le reste. Le paysage est bucolique autant que son nom, d'ailleurs je suis venue juste pour ça... le nom.

C'est beau et je marche triste. Les poètes se sont joués celle là aussi. La mélancolie. Il faut se ré-habituer à sa seule compagnie. Ces derniers jours avec Louise et Philippe étaient légers. Nous nous sommes rencontrés à l'aube, devant une guest-house semi-fermée de Guilin. Ils s'échangeaient des passes façon ovalie sur la rue désertée. Cela m'a plu. En attendant l'heure du check-in, nous avons parcouru la ville, les berges, nous avons abordé de loin les pagodes jumelles, et de plus près les baigneurs, nous avons trainé nos pieds fatigués au parc des Sept Etoiles. Dortoir complet, ils m'ont invité à partager une chambre triple. J'ignore, si muni de mon couple (au demeurant inexistant), j'aurai rendu pareil service. Le lendemain, nous cafouillerons ensemble sur nos vélos, ne trouvant jamais, malgré de répétés efforts, la route qui menait au petit village de Jiangtouzhou. Nos bicyclettes antiques nous mèneront dans des zones reculées de la banlieue, puisqu'il fallait remédier aux crevaisons. De petits moments, des sourires, des questions – Louise parle et comprend un peu -. C'est émouvant ces petits rien, ces tabourets offerts, ces babils à peine compris, ces tentatives. Cela ferait oublier l'autoroute et l'énigmatique perpendiculaire. Il est des jours où cela résiste et je prends avec un calme certain ce relatif échec, le bruit, le trafic et la cacophonie.

Ensemble, nous sommes partis vers les terrasses de riz de Longji, sculptées depuis un millénaire par les Yaos, celles que j'avais manqué lors de la première boucle, et qui s'étaient muées en obsession. Et il fallait effectivement les voir, dormir au village, marcher les collines et les « milles échelles du paradis » (encore de la poétique), longer les lignes délicates des rizières et l'orée de la forêt, suivre le cours d'eau et ses cascades, et faire comme les enfants qui se baignent nus, sauter la cascade en poussant des cris, escalader les rochers et recommencer. Nous, nous n'étions pas nus, mais nous avions le même âge, et l'eau était si fraîche et bonne, que même les serpents s'y cachaient. Pour finir, nous arroserons au vin de riz nos plaisirs, nos routes, nos envies.

C'est un désordre, une improvisation. Même ce blog manque à sa chronologie. Je n'ai pas raconté encore la Baie d'Andaman et le morceau de Thaïlande avec Fatiha. Je dirai plus tard ce que j'ai fait avant et ce que ma mémoire garde (aucune note). Je voulais dire avant ce nouveau solo travelling inattendu.

Je devais être un duo. J'avais rejoins Alex, ce chilien installé en Nouvelle Zélande à Hong Kong. Une forme d'aspirant. J'ai retrouvé un enfant capricieux, dont les réactions, commentaires, virevoltes et indécisions me contrariaient en permanence. Deux jours. Et s'en va. Je dirai je, il dira lui. Qu'importe. Avant de reprendre la route seule revoir la « famille » de HK. Pierre et Dom. Clem et Chris. Et s'envoyer un week-end orgiaque. Le pastis. Le Neptune. Le 103 ou le 109 ? Ma mémoire s'est évanouie. Et le dimanche, sans pratiquement dormir, remettre le brunch au Victoria Peak et au Prosecco illimité. En descendant des hauteurs, courir et consoler. Et je coure encore après les détails, quand, lundi matin, au 7/11 du coin un apollon me salue, je m'étonne. Samedi soir me dit-il. Je n'étais pas réveillé tout à fait encore, et pantelante et mal au crâne. Ce bellâtre au teint mat risque fort bien de se perdre à jamais. Clem et Chris il faut me le retrouver!

J'ai perdu ma mélancolie ce soir vers six heures sur les bords de l'eau. Plus tard rencontré une jeune voyageuse accomplie qui était passé par les mêmes doutes. Quand la nuit tombe, cela s'éclaire.

Le lendemain s'offre comme une perle. Une des plus belles ballades en deux roues jusqu'ici. Indigo étalé sur les bords de routes, chevaux et moulins a vents, riz toujours et thé, la rivière à longer d'abord puis une vertigineuse et épuisante ascension jusque Gaoyou. La vue depuis le col sur les montagnes est simplement splendide. Le village suit son rythme hors des chemins touristiques lorsque je débarque en sueur. Je discuterai un temps avec les vieilles, mangeant tranches de pastèques sur tranches de pastèques. Elles m'avaient inviter à siester et à laisser le temps passer. Mais je suis repartie pour une jubilatoire descente. Je ne veux pas prendre le temps, aujourd'hui est le dernier ici. Il me faudra encore grimper l'escalier escarpé rongé par les herbes qui mène jusqu'aux tours tambours, goûter clopes et vue sur les villages lilliputiens. En redescendant, se jeter à l'eau, laissant au loin les enfants qui se lavent et jouent et barbottent, et terminer par un long séchage, en regardant les escargots qui trempent et la vie autour, la pêche miraculeuse et la lessive.